Interview de Fabrice Denèle, du Groupe BPCE

Interview de Fabrice Denèle, directeur des paiements, en charge de la veille stratégique, de la conception des produits, de la recherche et développement, de l’innovation et de la représentation interbancaire dans les paiements pour le Groupe BPCE.

IDFDenele

Fabrice Denèle, merci de nous consacrer un peu de temps. Le Groupe BPCE fut le premier groupe bancaire à initier le paiement sans contact avec la carte bancaire vs le paiement mobile. Avec le recul, pouvez-vous nous dire si cette stratégie a été gagnante ?

Tout d’abord, premier constat, en matière de paiement, le changement des habitudes est toujours très long. Les cycles de changement prennent plusieurs années, c’est lié à notre culture et au besoin de confiance. Au milieu des années 2000, la carte bancaire devient le moyen de paiement préféré des français, et aujourd’hui près de 62,3 millions de consommateurs en sont équipés.

Nous avons donc pensé qu’il fallait capitaliser sur cet actif pour lancer le paiement sans contact et apporter ainsi aux consommateurs un nouvel usage de paiement avec un outil dans lequel ils avaient confiance. D’autant plus que la technologie mobile n’était pas complètement prête à l’époque, trop complexe à mettre en œuvre, pas assez fluide et sécurisée pour le consommateur.

C’est véritablement en 2014 que le décollage des transactions sans contact en France arrive avec la progression du taux d’équipement. Par exemple dans le Groupe BPCE, plus des trois quart des clients des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires sont équipés en carte et environ 11 % des commerçants disposent de l’équipement nécessaire pour enregistrer les paiements et ce chiffre continue de croître. En 2014, 64,5 millions de transactions sans contact ont été enregistrées en France soit une valeur de 706 millions d’euros.

Cette nouvelle façon de payer s’est installée. Le paiement sans contact avec la carte bancaire a préparé le terrain pour le mobile sans contact.

PaiementSansContact

Le Groupe BPCE est un groupe puissant dans le monde du paiement, avec d’un côté une banque émetteur et de l’autre une banque acquéreur à ce titre vous avez lancé S-money dans un premier temps orienté B2C, il y a t-il des déclinaisons B2B ?

Le paiement mobile ne se résume pas à la technologie, ce qui compte, c’est l’usage que le consommateur en fera et si le service rendu lui sera utile, c’est dans ce sens que nous concevons nos solutions de paiement.

S-money, filiale à 100% du Groupe BPCE, a pour objet de fournir des services de paiement et de transfert d’argent en monnaie électronique. Avec ce lancement, nous avons ouvert un champ de possibilité sur des offres affinitaires ou sur des marchés spécifiques, où S-money vient motoriser des offres de paiement, comme par exemple, la nouvelle solution pour l’ensemble des universités en France.

Le Groupe BPCE a été retenu par le CNOUS (Centre National des Œuvres Universitaires et Scolaires) pour mettre en œuvre leur nouvelle monétique, Izly, en 2015. Izly remplacera le porte-monnaie électronique Moneo, largement utilisé jusqu’à présent sur les campus. Il permettra aux étudiants de payer plus rapidement et plus simplement par carte ou par téléphone mobile tous les services quotidiens liés à la vie étudiante.

Vous êtes le seul groupe bancaire à proposer un paiement via Twitter, le Téléthon a adopté ce nouveau moyen de faire des dons. Avez-vous un premier retour sur cette nouvelle expérience, pensez-vous que ce canal est adapté au paiement, y voyez-vous d’autres cas d’usages ?

Il nous apparaît naturel de nous rapprocher des acteurs du digital pour proposer d’autres usages de paiement. Marier les initiatives d’une grande banque innovante comme le Groupe BPCE avec des pionniers du digital et des réseaux sociaux comme Twitter, c’est clairement ce que nous avons fait, pour l’AFM-Téléthon.

Depuis 2012, avec notre plate-forme de paiement digital S-money, en partenariat avec Twitter, le Groupe BPCE facilite la collecte de dons via son application mobile. Ce moyen supplémentaire de faire un don a l’avantage d’être immédiat, peu couteux et plus sécurisé que les anciens moyens de paiement.

bpce_twitter_smoney

Le phénomène du monde digital est encore en recherche de son modèle économique, le Groupe BPCE est à l’écoute de toutes les initiatives françaises et internationales. Nous menons une approche globale de passage au digital pour accompagner les nouveaux usages de paiement et créer les services du futur pour nos clients

Est-ce que V.me choisi par le Groupe BPCE est la bonne solution en matière de e wallet ?

La convergence du monde numérique avec le monde physique et à  digitalisation du commerce est un enjeu essentiel.

V.me est le premier portefeuille numérique universel et paneuropéen accessible à tous les consommateurs et tous les e-commerçants. Ce portefeuille numérique permet d’effectuer des achats sur Internet depuis un ordinateur, un smartphone ou une tablette. 100% des cartes bancaires sont acceptées. Après le 1er enregistrement, le consommateur n’a plus besoin de saisir son numéro de carte bancaire, la date d’expiration et le cryptogramme lors de chaque transaction.

Il permet également de répondre aux attentes des e-commerçants, sur Internet fixe et mobile, qui souhaitent offrir à leurs clients un parcours d’achat simple, sécurisé et garanti.

eWallet

Le consommateur est devenu connecté, mobile, social et le paiement seul a disparu. Il se fond dans une chaîne d’actes d’achat beaucoup plus riche. Le consommateur se renseigne, définit son besoin, l’évalue, finit par acheter, se fait livrer puis donne son avis sur les réseaux sociaux. Le parcours client est plus complexe et plus complet. Pour les e-commerçants, la solution de paiement mise en place devient donc secondaire, par rapport à la problématique du parcours client.

L’approche du Groupe BPCE est de dire que ce qui existe sur la carte a prouvé son efficacité. C’est un point de départ pour proposer à nos clients des moyens pour  payer partout dans le monde physique et numérique.

Le Groupe BPCE est associé à 4 autres groupes bancaires pour lancer et promouvoir SEPAmail. Quelle est  la promesse de SEPAmail pour les particuliers et les professionnels ?  Où en est son déploiement ? 

SEPAmail est un service de messagerie sécurisée pour l’ensemble des entités économiques européennes. Ce service de messagerie permet d’effectuer de façon simple et dématérialisée des échanges liés aux paiements comme la gestion des mandats des prélèvements SEPA, les règlements de factures, des paiements sur Internet et des échanges documentaires.

La mise en place prend du temps mais nous arrivons à une étape où les banques, chacune à leur rythme, déploient le paiement de facture par SEPAmail auprès de leurs clients.

SEPAmail offre une alternative aux paiements par TIP et par chèque amenés à disparaître. Cette nouvelle solution remportera l’adhésion des clients car elle est adaptée en termes de sécurité, d’efficacité, de simplicité et d’économies de temps. Elle permet au client particulier de garder la main sur le paiement et à l’émetteur d’optimiser sa chaine de valeur.

SEPAmail est un projet beaucoup plus ambitieux que le simple paiement de facture. D’autres services  sont possibles comme le mandat ou le contrôle des IBAN. Par exemple, un commerçant peut demander en temps réel  la validité d’un IBAN et lutter ainsi contre la fraude.

Je vous confirme que les banques travaillent de façon intensive sur ce sujet.

EnjeuxPaiement

A votre avis, quels seront les enjeux pour les banques (et pour le Groupe BPCE) à relever en terme de paiement ?

Le principal enjeu à relever pour les banques sera la digitalisation des paiements puis celui du commerce connecté sans distinction entre l’achat en ligne et l’achat magasin.

L’e-commerce correspond à 10 % du commerce en France, ce qui laisse 90 % de potentiel de commerce à digitaliser et nos clients vont avoir besoin de vitrine sur le web.